Plume d’ange

Album cover art for "Plume d’ange" by Claude Nougaro

Claude Nougaro - Pop, France

Plume d’ange

3 Plays

Duration: 15:09

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Lyrics

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Vous voyez cette plume ? Eh bien, c'est une plume... d'ange Mais rassurez-vous, je ne vous demande pas de me croire, je ne vous le demande plus Pourtant, �coutez encore une fois, une derni�re fois, mon histoire Une nuit, je faisais un r�ve d�sopilant quand je fus r�veill� par un frisson de l'air J'ouvre les yeux, que vois-je ? Dans l'obscurit� de la chambre, des myriades d'�tincelles... Elles s'en allaient rejoindre, par tourbillonnements magn�tiques Un point situ� devant mon lit Rapidement, de l'accumulation de ces flocons aimant�s, phosphorescents, un corps se constituait Quand les derniers flocons eurent termin� leur course, un ange �tait l�, devant moi, un ange r�glementaire avec les grands aile S de lait Comme une fl�che d'un carquois, de son �paule il tire une plume, il me la tend et il me dit : "C'est une plume d'ange. Je te la donne. Montre-la autour de toi Qu'un seul humain te croie et ce monde malheureux s'ouvrira au monde de la joie Qu'un seul humain te croie avec ta plume d'ange Adieu et souviens-toi : la foi est plus belle que Dieu. " Et l'ange disparut laissant la plume entre mes doigts Dans le noir, je restai longtemps, illumin�, grelottant d'extase, lissant la plume, la respirant En ce temps-l�, je vivais pour les seins somptueux d'une passion n�faste J'allume, je la r�veille : "Mon amour, mon amour, regarde cette plume... C'est une plume d'ange ! Oui ! un ange �tait l�... Il vient de me la donner... Oh Ma ch�rie, tu me sais incapable de mensonge, de plaisanterie scabreuse... Mon amour, mon amour, il faut que tu me croies, et t U vas voir... le monde ! " La belle, le visage obscurci de cheveux, d'araign�es de sommeil, me r�pondit : "Fous-moi la paix... Je voudrais dormir... Et cesse de fumer ton satan� N�pal ! " Elle me tourne le dos et merde ! Au petit matin, parmi les n�gres des poubelles et les premiers pigeons, je filai chez mon ami le plus s�r Je montrai ma plume � l'Afrique, aux poubelles, et bien s�r, aux pigeons qui me firent des roues, des roucoulements de consid�r Ation admirative Je sonne Voici mon ami Andr� Pos�ment, avec pr�cision, je vidais mon sac biblique, mon oreiller c�leste : "Tu m'entends bien, Andr�, qu'on me prenne au s�rieux et l'humanit� tout enti�re s'arrache de son orbite de mal�diction guerroy Ante et funeste. A d�gager ! Finies la souffrance, la sottise. La joie, la lumi�re d�barquent ! " Andr� se massait pensivement la tempe, il me fit un sourire �mu, m'entra�na dans la cuisine et devant un caf�, m'expliqua que m Oi, sensible, moi, enclin au mysticisme sauvage, moi devais reconsid�rer cette apparition Le repos... L'air de la campagne... Avec les oiseaux pr�cis�ment, les vrais ! Je me retrouve dans la rue grondante, tenaillant la plume dans ma poche Que dire ? Que faire ? " Monsieur l'agent, regardez, c'est une plume d'ange. " Il me croit ! Aussit�t les tonitruants troupeaux de bagnoles d�j� hargneuses s'aplatissent. Des hommes radieux en sortent, aur�ol�s de leurs Volants et s'embrassent en sanglotant Soyons s�rieux ! Je marchais, je marchais, d�vorant les visages. Celui-ci ? La petite dame ? Et soudain l'id�e m'envahit, �vidente, �clatante... Abandonnons les hommes ! Adressons-nous aux enfants ! Eux seuls savent que la foi est plus belle que Dieu Les enfants... Oui, mais lequel ? Je marchais toujours, je marchais encore. Je ne regardais plus la gueule des passants hagards, mais, en moi, des guirlandes de Visages d'enfants, mes ch�ris, mes f�eriques, mes cr�dules me souriaient Je marchais, je volais... Le vent de mes pas feuilletait Paris... Pages de pierres, de bitume, de pav�s maintenant Ceux de la rue Saint-Vincent... Les escaliers de Montmartre. Je monte, je descends et me fige devant une �cole, rue du Mont-Ce Nis Quelques femmes attendaient la sortie des gosses Faussement paternel, j'attends, moi aussi Les voil� Ils d�bouchent de la maternelle par fra�ches bouff�es, par bouillonnements bariol�s. Mon regard papillonne de frimousses en min Ois, qu�tant une r�v�lation Sur le seuil de l'�cole, une petite fille s'est arr�t�e. Dans la vive lumi�re d'avril, elle cligne ses petits yeux de jais, un Peu brid�s, un peu chinois et se les frotte vigoureusement Puis elle prend son cartable orange, tout rebondi de math�matiques modernes Alors j'ai suivi la boule brune et boucl�e, gravissant derri�re elle les escaliers de la Butte A quelque cent m�tres elle p�n�tra dans un immeuble Longtemps, je suis rest� l�, me caressant les dents avec le bec de ma plume Le lendemain je revins � la sortie de l'�cole et le surlendemain et les jours qui suivirent Elle s'appelait Fanny. Mais je ne me d�cidais pas � l'aborder. Et si je lui faisais peur avec ma bouche s�che, ma sueur sacr�e Ma p�leur mortelle, vitale ? Alors, qu'est-ce que je fais ? Je me tue ? Je l'avale, ma plume ? Je la plante dans le cul somptueux de ma passion n�faste ? Et puis un jeudi, je me suis dit : je lui dis Les poumons du printemps exhalaient leur premi�re haleine de peste paradisiaque J'ai pr�cipit� mon pas, j'ai tendu ma main vers la t�te fris�e... Au moment o� j'allais l'atteindre, sur ma propre �paule, une Pesante main s'est abattue Je me retourne, ils �taient deux, ils empestaient le barreau : "Suivez-nous." Le commissariat Vous connaissez les commissariats ? Les flics qui tapent le carton dans de la gauloise, du sandwich... Une couche de tabac, une couche de passage � tabac Le commissaire �tait bon enfant, il ne roulait pas les m�caniques, il roulait les r : " Asseyez-vous. Il me semble d�j� vous avoir vu quelque part, vous. Alors comme �a, on suit les petites filles ? - Quitte � passer pour un d�traqu�, je vais vous expliquer, monsieur, la v�ritable raison qui m'a fait m'approcher de cette enf Ant Je sors ma plume et j'y vais de mon couplet nocturne et miraculeux - Fanny, j'en suis certain, m'aurait cru. Les assassins, les polices, notre s�culaire tennis de coups durs, tout �a, c'�tait fi Ni, envol� ! - Voyons l'objet, me dit le commissaire D'entre mes doigts tremblants il saisit la plume sainte et la fait techniquement rouler devant un sourcil bonhomme - C'est de l'oie, �a..., me dit-il, je m'y connais, je suis du P�rigord - Monsieur, ce n'est pas de l'oie, c'est de l'ange, vous dis-je ! - Calmez-vous ! Calmez-vous ! Mais vous avouerez tout de m�me qu'une telle affirmation exige d'�tre appuy�e par un minimum d'en Qu�te, � d�faut de preuve Vous allez patienter un instant. On va s'occuper de vous. Gentiment hein ? gentiment. " On s'est occup� de moi, gentiment Entre deux �lectrochocs, je me balade dans le parc de la clinique psychiatrique o� l'on m'h�berge depuis un mois Parmi les divers siphonn�s qui s'�battent ou s'abattent sur les aimables gazons, il est un �tre qui me fascine. C'est un vieil Homme, tr�s beau, il se tient toujours immobile dans une all�e du parc devant un c�dre du Liban. Parfois, il �tend lentement le S bras et semble psalmodier un texte secret, sacr� J'ai fini par m'approcher de lui, par lui adresser la parole Aujourd'hui, nous sommes amis. C'est un type surprenant, un savant, un po�te Vous dire qu'il sait tout, a tout appris, senti, per�u, perc�, c'est peu dire De sa barbe massive, un peu verte, aux poils �pais et tordus le verbe sort, calme et fruit�, abreuvant un r�cit o� toutes les m Ystiques, les m�taphysiques, les philosophies s'unissent, se rassemblent pour se ressembler dans le puits �toil� de sa m�moire Dans ce puits de jouvence intellectuelle, sot, je descends, seau d�bordant de l'eau fra�che et limpide de l'intelligence alli�e � l'amour, je remonte Parfois il me contemple en souriant. Des plis de sa robe de bure, ils sort des noix, de grosses noix qu'il brise d'un seul coup Dans sa paume, crac ! pour me les offrir Un jour o� il me parle d'ornithologie compar�e entre Olivier Messiaen et Charlie Parker, je ne l'�coute plus Un grand silence se fait en moi Mais cet homme dont l'ange t'a parl�, cet homme introuvable qui peut croire � ta plume, eh bien, oui, c'est lui, il est l�, dev Ant toi ! Sans h�siter, je sors la plume Les yeux mordor�s lancent une �tincelle Il examine la plume avec une acuit� qui me fait fr�mir de la t�te aux pieds " Quel magnifique sp�cimen de plume d'ange, vous avez l�, mon ami - Alors vous me croyez ? vous le savez ! - Bien s�r, je vous crois. Le tuyau l�g�rement cannel�, la nacrure des barbes, on ne peut s'y m�prendre Je puis m�me ajouter qu'il s'agit d'une penne d'Angelus Maliciosus - Mais alors ! Puisqu'il est dit qu'un homme me croyant, le monde est sauv�... - Je vous arr�te, ami. Je ne suis pas un homme - Vous n'�tes pas un homme ? - Nullement, je suis un noyer - Vous �tes noy� ? - Non. Je suis un noyer. L'arbre. Je suis un arbre. " Il y eut un frisson de l'air Se d�tachant de la cime du grand c�dre, un oiseau est venu se poser sur l'�paule du vieillard et je crus reconna�tre, miniaturi S�, l'ange malicieux qui m'avait visit� Tous les trois, l'oiseau, le vieil homme et moi, nous avons ri, nous avons ri longtemps, longtemps... Le fou rire, quoi !

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